Analyse critique du projet d’incinérateur CSR à Istres : Opération PRAVDA révèle les impacts réels, les omissions et les risques ignorés par SUEZ.

Opération PRAVDA – Vérité environnementale anti‑incinérateur à Istres

  • IREN : SUEZ capitule à Istres – AURA Environnement ouvre la chasse au futur incinérateur !

    L’opération PRAVDA s’achève sur le retrait d’IREN 

    Mais SUEZ cherche déjà une solution ailleurs : AURA Environnement étendra désormais sa vigilance aux Bouches-du-Rhône pour que les faiblesses qui ont condamné le projet à Istres ne soient pas simplement déplacées dans une autre commune.

    Fin iren suez istresIREN retiré : une victoire environnementale, mais pas la fin du dossier

    Le 4 septembre 2026 marque un tournant majeur dans le dossier IREN. Après des mois d'enquête, de mobilisation et de controverse, SUEZ a annoncé le retrait de son projet à Istres. L'entreprise considère désormais que « les conditions n'étaient pas réunies » pour son implantation sur ce territoire. La Ville d'Istres parle d'une « victoire collective ». SUEZ indique pour sa part que son dossier en cours d'instruction sera retiré.

    AURA Environnement s'associe évidemment à cette victoire collective. Mais notre satisfaction ne doit pas conduire à refermer le dossier.

    Car une phrase de SUEZ mérite désormais toute notre attention : le groupe entend poursuivre le dialogue avec les collectivités et les acteurs concernés afin d'identifier d'autres solutions pour les besoins de traitement des déchets du bassin provençal, notamment ceux de la métropole marseillaise.

    La Provence est encore plus explicite : SUEZ « ne renonce pas à rechercher une solution ailleurs ».

    L'opération PRAVDA : contribuer, mais surtout disséquer le dossier

    L'enquête publique aura enregistré 4 114 contributions, dont 3 844 sur le registre numérique. Le commissaire enquêteur a lui-même qualifié la mobilisation d'exceptionnelle, avec une opposition comprise entre 80 et 89 % selon la méthode de comptabilisation.

    AURA Environnement a pris une part particulièrement importante à cette enquête publique en multipliant plus de 100 contributions techniques et environnementales dans le cadre de l'opération PRAVDA.

    Notre objectif n'était pas seulement de dire « non à l'incinérateur ». Il consistait à entrer dans le dossier technique : qualification réglementaire de l'installation, combustion des CSR, émissions atmosphériques, PFAS, nappe de la Crau, digestats, trafic, résidus d'incinération, risques industriels, bilan énergétique et absence de débouché thermique suffisamment établi.

    C'est cette méthode que nous entendons conserver pour la suite.

    Ce qu'Istres vient d'apprendre doit suivre IREN partout

    Le point essentiel est là.

    Un changement de commune ne ferait pas disparaître les questions soulevées pendant l'enquête publique d'Istres.

    Si demain une nouvelle unité de combustion de CSR reprenant tout ou partie du concept IREN était envisagée à Fos-sur-Mer, Marseille, Salon-de-Provence ou ailleurs dans les Bouches-du-Rhône - ce ne sont ici que des exemples géographiques, aucun de ces sites n'est à ce jour identifié par nos sources comme futur site IREN - AURA Environnement demanderait que le nouveau projet reparte d'une feuille blanche.

    Et surtout, que les enseignements des conclusions du commissaire-enquêteur Philippe Magnus ne soient pas oubliés.

    Première leçon : appeler une installation par ce qu'elle fait

    L'un des apports importants de l'enquête publique aura été de dépasser l'expression rassurante de « chaufferie CSR ».

    L'installation projetée reposait bien sur la combustion de déchets préparés sous forme de combustibles solides de récupération. Au cours de l'enquête, SUEZ a dû préciser le régime ICPE applicable, notamment la rubrique 2771 relative au traitement thermique de déchets non dangereux. Notre précédent travail sur le rapport du commissaire enquêteur avait précisément fait ressortir cette question.

    Changer le lieu d'implantation ne changera pas le procédé.

    Un futur IREN devra donc être présenté aux habitants, dès le commencement de la concertation, avec une description parfaitement intelligible de ce qui entrera dans le four, de ce qui en sortira et de ce qui sera rejeté dans l'environnement.

    Gestion dechets bassin provencal aura environnementDeuxième leçon : pas d'incinérateur sans véritable justification énergétique

    A Istres, une autre faiblesse fondamentale était apparue : l'absence de réseau de chaleur existant permettant de valoriser localement une part significative de la chaleur produite.

    La perspective reposait principalement sur une production électrique tandis que les débouchés thermiques restaient à construire. Le commissaire enquêteur y voyait un manque d'ambition environnementale pour une installation de cette importance.

    AURA Environnement posera donc la même question à toute commune susceptible d'être approchée demain :

    Où est le besoin thermique ? Qui consommera la chaleur ? A quelle distance ? Avec quel engagement contractuel ? Quel rendement énergétique réel sera obtenu ?

    On ne déplace pas une unité de plusieurs centaines de milliers de tonnes pour chercher ensuite à quoi pourrait servir sa chaleur.

    Troisième leçon : la concertation doit précéder le projet, pas tenter de le sauver

    C'est probablement l'un des enseignements politiques les plus puissants d'IREN.

    Le commissaire enquêteur n'a pas considéré que l'absence de concertation préalable constituait mécaniquement une illégalité. En revanche, son appréciation sur ses conséquences territoriales a été sévère. La Ville d’Istres elle-même rappelle sa conclusion selon laquelle la concertation constitue un préalable indispensable à l'appropriation d'un projet par la population.

    Les engagements supplémentaires proposés ensuite par SUEZ sur l'environnement, la gouvernance, le trafic et la transparence n'ont pas suffi à lever les oppositions.

    Cela doit servir d'avertissement pour la suite.

    AURA Environnement considérera comme particulièrement problématique toute tentative consistant à choisir discrètement un nouveau site, avancer dans les études puis présenter aux habitants un projet déjà largement ficelé.

    Quatrième leçon : les PFAS doivent désormais entrer dans le débat sur l'incinération

    Une étude pilote réalisée par ToxicoWatch avec le concours du Collectif 3R sur les filtres d'aération de cinq écoles situées à moins de 1 500 mètres de l'incinérateur d'Ivry-Paris XIII a détecté dans les filtres usagés des concentrations de PFAS, HAP et/ou dioxines supérieures à celles du filtre neuf témoin.

    Mais il ne faut surtout pas dire que cette étude prouve que l'incinérateur est la source des PFAS. Le Collectif 3R est lui-même plus rigoureux : ses auteurs indiquent que cette pollution pourrait être attribuée à l'activité de l'incinérateur et demandent, pour établir la responsabilité de l'installation, une mesure en continu des gaz en sortie de cheminée avec des méthodes adaptées aux PFAS.

    Pour AURA Environnement, tout nouveau projet de combustion de CSR dans les Bouches-du-Rhône devrait donc intégrer dès l'état initial une caractérisation des PFAS dans l'air, les sols et les eaux, puis un protocole de surveillance permettant de comparer objectivement la situation avant et après mise en service.

    Cinquième leçon : regarder le territoire avant de regarder la parcelle

    C'est peut-être ici qu'AURA peut être plus pointilleuse que beaucoup d'autres acteurs.

    Un futur site ne devra pas être évalué uniquement en demandant : « y a-t-il assez de terrain pour construire l'usine ? »

    Il faudra examiner l'environnement du site dans plusieurs kilomètres autour de l'installation : populations exposées, écoles et établissements sensibles, vents dominants, qualité de l'air préexistante, masses d'eau, nappes souterraines, espaces naturels, agriculture, trafic poids lourds, autres ICPE et effets cumulés.

    Le dossier d'Istres illustre parfaitement cette nécessité. La contestation ne portait pas seulement sur le four lui-même mais sur son implantation dans un territoire déjà profondément marqué par l'industrie et le traitement des déchets. La Provence relève précisément les interrogations concernant les impacts environnementaux, le trafic supplémentaire et la localisation dans un secteur déjà fortement industrialisé.

    Même le volet méthanisation montrait combien l'empreinte territoriale d'un projet dépasse sa clôture : le plan d'épandage concernait 23 exploitations dans 21 communes, dont dix communes du Parc naturel régional des Alpilles et environ 1 000 hectares à l'intérieur du Parc.

    Voilà précisément pourquoi déplacer IREN de quelques dizaines de kilomètres ne suffirait pas à effacer ses impacts potentiels.

    Tractage istres aura environnement

    Mobilisons-nous : AURA Environnement ouvre désormais une veille « IREN 2 »

    Nous ne savons pas aujourd'hui où SUEZ pourrait chercher à implanter une nouvelle solution, ni même si le futur projet conserverait exactement les caractéristiques techniques d'IREN. Il serait donc prématuré de désigner une commune ou d'accuser tel ou tel territoire d'être candidat.

    En revanche, l'intention de poursuivre la recherche de solutions pour le bassin provençal est désormais publique.

    AURA Environnement va donc étudier les possibilités d'implantation dans les Bouches-du-Rhône et suivre attentivement les procédures administratives, documents de planification, délibérations des collectivités, évolutions des sites ICPE et projets de valorisation énergétique susceptibles de révéler la réapparition d'un projet comparable.

    Notre ligne sera simple : ce qui était environnementalement contestable à Istres ne deviendra pas acceptable par le seul fait de changer le nom d'une commune sur le dossier.

    Si un « IREN 2 » apparaît demain ailleurs dans les Bouches-du-Rhône, les questions posées à Istres voyageront avec lui : combustion réelle des déchets, qualification ICPE, origine et volumes des CSR, bilan énergétique, réseau de chaleur, émissions atmosphériques, PFAS, résidus d'incinération, eau, trafic, risques industriels, effets cumulés et acceptabilité territoriale.

    PRAVDA : une victoire, puis la vigilance

    AURA Environnement ne revendiquera jamais seule une victoire qui appartient aux milliers de citoyens, associations et élus ayant participé à cette mobilisation.

    Mais nous revendiquons notre méthode : imprimer et lire les milliers de pages, confronter les affirmations aux données du dossier, multiplier les contributions argumentées et continuer à poser les questions techniques lorsque les slogans ne suffisent plus.

    Le 4 septembre 2026, SUEZ a tiré les conséquences de l'enquête et annoncé le retrait d'IREN. Deux jours plus tard, notre travail ne consiste déjà plus à célébrer seulement Istres.

    Il consiste à regarder où pourrait réapparaître le projet.

    IREN est tombé à Istres. AURA Environnement veillera à ce qu'il ne suffise pas de le déplacer pour recommencer ailleurs.

    AURA Environnement a demandé à la Préfecture des Bouches-du-Rhône de préciser exactement ce qui est abandonné

    AURA Environnement ne souhaite cependant pas confondre annonce publique de SUEZ et clôture administrative du dossier. Dès le 6 septembre 2026, notre association a donc saisi la Préfecture des Bouches-du-Rhône afin d'obtenir une confirmation écrite de la portée exacte du retrait annoncé.

    Nous avons notamment demandé si celui-ci concerne l'intégralité du projet IREN soumis à l'enquête publique, et non la seule unité de valorisation énergétique CSR : unité de méthanisation des biodéchets, modernisation du centre de tri et de préparation des CSR, nouvelle unité de réception et de préparation des déchets valorisables et installations connexes.

    AURA Environnement a également demandé à la Préfecture de confirmer si SUEZ a formellement retiré sa demande d'autorisation environnementale (DDAE) ainsi que sa demande de permis de construire, à quelle date ce retrait administratif est intervenu et si, en conséquence, le dossier IREN doit encore être présenté au CODERST des Bouches-du-Rhône.

    Cette vérification est essentielle : tant que l'administration n'a pas confirmé précisément le périmètre et les effets du retrait, AURA Environnement considère qu'il faut distinguer la décision politique et industrielle annoncée par SUEZ de la situation juridique exacte des procédures en cours. Nous publierons la réponse de la Préfecture dès sa réception.

    IREN est tombé à Istres. Qu’on ne s’y trompe pas : changer de commune ne changera ni les fumées, ni les PFAS, ni les risques, ni nos arguments. AURA Environnement sera au rendez-vous, partout dans les Bouches-du-Rhône.

    Marc-Claude de PORTEBANE

    Président d’AURA Environnement

    Porte-parole du collectif FRAI (Front Résistant Anti-Incinération)

  • IREN Istres : l’opération PRAVDA fait tomber la « chaufferie CSR » de SUEZ ! Place au CODERST !

    4 114 contributions, une opposition massive d'AURA Environnement

    et un avis défavorable du commissaire enquêteur à l’unité d’incinération CSR :

    après le succès de l’opération PRAVDA

    le dossier IREN entre dans une nouvelle phase décisive

    devant le CODERST des Bouches-du-Rhône !

    Aura environnement fait capoter ep iren suez istres

    Une enquête publique hors normes à Istres

    Le 31 juillet 2026, le commissaire enquêteur Philippe Magnus a rendu son rapport et ses conclusions motivées concernant le projet IREN porté par SUEZ RV France sur le site de la Grande Groupède à Istres.

    Le résultat mérite une lecture attentive. Car derrière un projet présenté comme une vaste plateforme de valorisation des déchets réunissant tri, méthanisation, préparation de combustibles solides de récupération et production énergétique, l'enquête publique a révélé une fracture profonde entre le projet industriel présenté par SUEZ et une très large partie de la population ayant participé à la consultation.

    Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 4 114 contributions ont été enregistrées, dont 3 844 sur le registre dématérialisé. Le commissaire enquêteur relève également plus de 20 000 téléchargements de documents et qualifie lui-même la participation d'exceptionnelle. Selon la méthode retenue pour traiter les doublons, les avis défavorables représentent entre 80 et 89 % des expressions recueillies.

    Cette mobilisation n'a rien d'anecdotique. Les observations portent sur pratiquement toutes les dimensions du projet : incinération des CSR, émissions atmosphériques, trafic, prélèvements d'eau, nappe de la Crau, digestats, épandages, PFAS, risques industriels, effets cumulés avec les installations déjà présentes autour de l'étang de Berre, transparence des contrôles et absence de concertation préalable.

    L'opération PRAVDA place le volet CSR au centre de l'enquête

    C'est dans ce contexte qu'AURA Environnement a engagé l'opération PRAVDA, avec l'objectif de faire entrer dans le débat public les interrogations techniques, environnementales et réglementaires qui ne pouvaient être évacuées derrière la seule communication institutionnelle entourant IREN.

    Et le résultat apparaît aujourd'hui noir sur blanc dans les conclusions du commissaire enquêteur : l'opposition s'est essentiellement concentrée sur le volet incinération du projet.

    C'est un point capital.

    Car derrière l'appellation séduisante de « chaufferie CSR », l'enquête a obligé à revenir à la réalité technique et réglementaire de l'installation : il s'agit bien d'une unité dans laquelle des déchets préparés sous forme de combustibles solides de récupération doivent être brûlés.

    SUEZ a d'ailleurs dû préciser au cours de l'enquête que l'installation relève de la rubrique ICPE 2771 relative au traitement thermique de déchets non dangereux, et non exclusivement de la rubrique 2971 applicable à certaines installations de production de chaleur ou d'électricité utilisant des CSR.

    Autrement dit, le débat sur les mots n'était pas secondaire. Il concernait directement la compréhension par le public de la nature du projet industriel qui lui était soumis.

    Iren istres

    La « chaufferie CSR » rattrapée par la réalité de l'incinération

    Le commissaire enquêteur reprend précisément cette question dans ses conclusions.

    Il considère que l'emploi du terme « chaufferie CSR » a contribué à une mauvaise compréhension du projet et constate que l'unité repose effectivement sur un procédé de combustion de déchets.

    Cette clarification est d'autant plus importante que l'installation doit traiter des quantités considérables de CSR. Nous ne parlons donc pas d'un équipement énergétique marginal intégré à un réseau local préexistant, mais de l'une des composantes industrielles majeures d'IREN.

    Et c'est ici qu'apparaît une seconde faiblesse relevée par le commissaire enquêteur : il n'existe actuellement aucun réseau de chaleur permettant de valoriser localement une part importante de l'énergie thermique produite.

    La production énergétique repose donc principalement sur l'électricité, tandis que d'éventuels débouchés thermiques restent à construire.

    Le commissaire enquêteur considère cette situation comme un manque d'ambition environnementale pour une installation de cette importance.

    Une absence de concertation préalable qui finit par peser lourd

    Autre enseignement majeur : la concertation.

    Juridiquement, le commissaire enquêteur ne conclut pas que l'absence de concertation préalable constitue automatiquement une irrégularité de la procédure. Mais politiquement et territorialement, son appréciation est sévère.

    Le projet était préparé depuis plusieurs années lorsque de nombreux habitants en ont découvert l'ampleur à l'approche de l'enquête publique.

    Pour Philippe Magnus, un projet industriel de cette importance, implanté sur un territoire déjà profondément marqué par les activités industrielles, aurait dû faire l'objet d'un véritable travail préalable d'information et d'appropriation.

    Cette absence de concertation a contribué à installer la défiance.

    Et lorsque près de 700 personnes se retrouvent à la première réunion publique, que des milliers de contributions arrivent sur le registre et que quatre contributions sur cinq au minimum sont défavorables, il devient difficile de considérer l'acceptabilité territoriale comme une question secondaire.

    Iren istres 2

    Crau, PFAS, digestats, air : l'enquête a fait émerger les sujets qui resteront sur la table

    L'enquête publique a également obligé SUEZ à préciser ou renforcer plusieurs engagements environnementaux.

    Le projet prévoit notamment une augmentation des prélèvements dans la nappe de la Crau, passant approximativement de 10 000 à 40 000 m³ par an.

    Le plan d'épandage des digestats concerne 23 exploitations réparties dans 21 communes. Il soulève des interrogations concernant l'azote, les micropolluants, le ruissellement, le lessivage vers les eaux souterraines et la protection de la nappe de la Crau.

    Les PFAS sont eux aussi entrés directement dans le débat. SUEZ reconnaît l'absence de seuil réglementaire spécifique applicable aux PFAS dans les digestats dans le cadre présenté au cours de l'enquête et propose un programme volontaire de surveillance analytique.

    À cela s'ajoutent les émissions atmosphériques de l'unité de combustion, les résidus d'épuration des fumées, les mâchefers, le trafic des poids lourds, les risques d'incendie et les effets cumulés dans un environnement industriel déjà particulièrement chargé autour de l'étang de Berre.

    Ce sont précisément ces sujets qu'AURA Environnement entend désormais suivre dans la phase administrative qui s'ouvre.

    Le commissaire enquêteur tranche : oui à certaines briques d'IREN, non à l'unité CSR

    Et c'est finalement là que les conclusions deviennent particulièrement intéressantes.

    Philippe Magnus ne rend pas un avis uniforme sur IREN.

    Il émet un avis favorable à l'unité de méthanisation, un avis favorable à la modernisation du centre de tri et de préparation de CSR ainsi qu'un avis favorable à la nouvelle unité de réception, tri et préparation des déchets valorisables.

    Mais pour l'unité qui cristallise l'essentiel de l'opposition, sa conclusion change radicalement :

    AVIS DÉFAVORABLE à l'unité de valorisation énergétique de déchets de type CSR.

    C'est la décision essentielle à retenir de cette enquête publique.

    Le commissaire enquêteur ne rejette donc pas par principe toute activité de valorisation des déchets sur le site. Il distingue précisément les différentes composantes d'IREN et considère que l'unité de combustion CSR ne bénéficie pas des mêmes conditions d'acceptabilité.

    L'absence de concertation préalable, la découverte tardive du projet, l'ambiguïté entourant la notion de « chaufferie CSR », la réalité de l'incinération, l'absence de réseau de chaleur et la défiance persistante constituent un ensemble qui conduit finalement le commissaire enquêteur à rendre cet avis défavorable.

    Iren 3 aura environnement

    Le permis de construire favorable ne sauve pas l'incinérateur !

    SUEZ obtient parallèlement un avis favorable du commissaire enquêteur concernant le permis de construire.

    Il ne faut surtout pas mélanger les deux décisions.

    L'avis favorable au permis de construire concerne essentiellement la conformité urbanistique : implantation en zone compatible avec les activités de traitement des déchets, artificialisation supplémentaire limitée sur un site déjà industriel, hauteur des bâtiments, servitudes aéronautiques liées à la base d'Istres et règles constructives.

    Il ne constitue donc absolument pas un avis favorable à l'exploitation de l'unité CSR.

    Le paradoxe n'est qu'apparent : un bâtiment peut être juridiquement constructible tout en étant destiné à accueillir une installation dont l'autorisation environnementale fait l'objet d'un avis défavorable.

    L'opération PRAVDA a gagné une bataille, pas encore la guerre administrative

    Il faut maintenant être précis : l'avis défavorable du commissaire enquêteur ne vaut pas refus préfectoral.

    Le préfet reste compétent pour statuer sur l'autorisation environnementale.

    Mais la situation politique et administrative n'est plus celle qui existait avant l'enquête publique.

    Il existe désormais un document officiel, signé par le commissaire enquêteur, qui distingue les composantes du projet et rejette précisément celle qui constitue le cœur du débat sur l'incinération des CSR.

    C'est en cela que l'opération PRAVDA constitue déjà un succès.

    Elle n'a pas simplement produit plusieurs milliers de pages d'observations supplémentaires : elle a contribué à faire de la nature réelle de l'installation, de ses impacts et de son acceptabilité un enjeu central de l'enquête publique.

    Place au CODERST des Bouches-du-Rhône !

    La prochaine étape se jouera donc devant le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques – CODERST 13.

    Et cette étape sera particulièrement intéressante.

    Les représentants appelés à examiner le dossier ne pourront pas faire abstraction des 4 114 contributions, de l'opposition massive enregistrée pendant l'enquête et surtout de l'avis défavorable du commissaire enquêteur à l'unité CSR.

    AURA Environnement entend notamment interroger les différentes parties sur la protection de la nappe de la Crau, les épandages de digestats, les risques pour les eaux et les milieux aquatiques, les PFAS, les émissions atmosphériques, le contrôle indépendant de l'installation et la traduction effective des engagements pris par SUEZ en prescriptions préfectorales opposables.

    Une question dominera désormais toutes les autres :

    l'État autorisera-t-il l'unité d'incinération CSR de SUEZ malgré l'avis défavorable rendu à l'issue d'une enquête publique ayant enregistré plus de 4 000 contributions ?

    L'opération PRAVDA a donc remporté la bataille de l'enquête publique.

    Place maintenant au CODERST.

    A suivre

    Marc-Claude de PORTEBANE

    Président d'AURA Environnement

    Porte-parole du FRAI (Front Résistant Anti-Incinération)

  • OPÉRATION PRAVDA : quand le Résumé non technique de SUEZ tente de réécrire la réalité environnementale à Istres

    Le FRAI et AURA Environnement dévoilent les zones d’ombre 

    du projet d’incinérateur CSR de SUEZ à Istres, au cœur de la Crau

    et lancent l’Opération PRAVDA pour rétablir la vérité écologique

    face aux omissions du dossier officiel !

    Operation pravda istres

    Le FRAI (Front Résistant Anti‑Incinération), soutenu par AURA Environnement, déclenche l’opération PRAVDA (Правда) – “Vérité”. Face au projet d’Unité de Valorisation Énergétique (UVE) de SUEZ à Istres, et à la publication du Résumé non technique (RNT) de l’étude d’impact daté du 28 février 2025, il est devenu indispensable de rétablir les faits, de dévoiler les omissions, et de mettre en lumière ce que ce document ne dit pas. Car derrière la façade lisse d’un résumé censé informer le public, se cache un texte qui minimise, simplifie, contourne et édulcore les enjeux réels d’un projet industriel lourd, implanté au cœur d’un territoire d’une valeur écologique exceptionnelle.

    Un projet industriel massif présenté comme une simple évolution

    Le RNT décrit le projet comme une modernisation logique du site existant, alors qu’il s’agit en réalité d’une transformation profonde. Le site de La Grande Groupède deviendrait un complexe industriel complet, fonctionnant en continu, intégrant une unité de méthanisation, une unité de valorisation énergétique brûlant du CSR, un centre de tri modernisé, une nouvelle unité de tri des déchets d’activités économiques, des zones de stockage supplémentaires et des installations annexes. Le document insiste sur la logique d’économie circulaire, mais passe sous silence l’augmentation considérable des flux, des risques, des émissions et des nuisances. Il ne rappelle jamais que l’UVE relève des rubriques ICPE les plus sensibles, notamment celles liées au traitement thermique et à la co‑incinération de déchets. Le lecteur non averti pourrait croire à une simple optimisation d’un site existant. La réalité est tout autre : il s’agit d’un changement d’échelle majeur.

    Une implantation au cœur d’un patrimoine naturel d’importance internationale

    Le RNT reconnaît que la zone d’implantation se situe dans un ensemble écologique d’une rareté exceptionnelle : ZPS Natura 2000, ZSC, ZNIEFF de type I, habitats steppiques de la Crau, espèces protégées à enjeux forts. Cette reconnaissance est factuelle, mais elle est immédiatement suivie d’une minimisation systématique. Le document affirme que la sensibilité serait faible, que les impacts seraient limités, et que le site n’aurait pas de rôle fonctionnel particulier. Cette présentation est en contradiction totale avec les connaissances scientifiques sur la Crau, l’un des derniers écosystèmes steppiques d’Europe occidentale, refuge d’espèces emblématiques et fragiles. Aucune justification d’intérêt public majeur n’est fournie, alors que la loi l’exige pour tout projet susceptible d’affecter un site Natura 2000. Aucune étude d’alternative n’est présentée. Aucune démonstration de compatibilité écologique n’est apportée. Le RNT reconnaît la valeur du territoire, mais refuse d’en tirer les conséquences.

    Une absence totale d’analyse sanitaire pour une installation de combustion

    L’un des aspects les plus préoccupants du RNT est l’absence complète d’analyse sanitaire. Le document ne mentionne ni les dioxines, ni les furanes, ni les métaux lourds, ni les particules ultrafines, ni les gaz acides, ni les NOx, ni les risques d’exposition chronique. Il se contente d’affirmer que les rejets atmosphériques seraient faibles, sans fournir la moindre donnée, la moindre modélisation, la moindre référence aux valeurs limites d’émission. Pour une installation relevant de la directive IED et de la rubrique 3520, cette omission est incompréhensible. Elle prive le public d’informations essentielles sur les risques pour la santé humaine. Un résumé non technique qui ne parle pas de santé publique pour une UVE n’est pas un résumé : c’est une dissimulation.

    Des risques industriels évacués comme s’ils n’existaient pas

    Le site accueillera un méthaniseur, une UVE, des silos de CSR, des cuves de carburant, des zones de stockage de déchets combustibles, des installations électriques et des équipements sous pression. Ces éléments sont connus pour présenter des risques d’incendie, d’explosion, de fuite de gaz, de défaillance du traitement des fumées, de propagation rapide du feu dans les stockages de CSR. Pourtant, le RNT affirme qu’il n’existe pas de risques significatifs. Aucun scénario d’accident majeur n’est présenté. Aucun retour d’expérience n’est évoqué. Aucune référence aux obligations réglementaires spécifiques n’est fournie. Cette absence est d’autant plus problématique que les incendies dans les installations CSR sont fréquents en France. Le public est privé d’une information essentielle.

    Une pollution aux PFAS reconnue mais totalement ignorée

    Le RNT admet la présence de PFAS en surface sur certaines zones du site. Ces substances, qualifiées de polluants éternels, sont extrêmement persistantes et dangereuses pour la santé. Mais le document ne propose aucune analyse, aucune mesure, aucune évaluation des risques, aucune stratégie de dépollution. Il reconnaît la pollution, puis l’efface du discours. Cette omission est grave, car les PFAS peuvent contaminer les eaux pluviales, les sols voisins, les nappes phréatiques et les chaînes alimentaires.

    Une consommation d’eau sous‑estimée dans un territoire sous tension hydrique

    Le RNT annonce une augmentation du prélèvement en eau, mais ne détaille pas les besoins réels de l’UVE, du méthaniseur, du compostage, du lavage des fumées ou des périodes de sécheresse. Le site est implanté sur la nappe de la Crau, ressource stratégique et fragile. Aucune analyse hydrologique sérieuse n’est fournie. Le document minimise un enjeu pourtant central dans un contexte de changement climatique.

    Une analyse du trafic inexistante malgré un contexte saturé

    Le RNT évoque une légère augmentation du trafic, sans fournir le moindre chiffre. Aucune estimation des flux entrants et sortants, aucune modélisation, aucune prise en compte des nuisances sonores, des émissions, des risques routiers. Le site est pourtant situé à proximité d’axes déjà saturés, dont la RN569. Là encore, le public n’a pas les éléments nécessaires pour comprendre les impacts réels.

    Une négation systématique des impacts cumulés

    Le RNT conclut à l’absence d’effets cumulés, alors que le site est entouré d’installations industrielles lourdes, d’une base militaire, d’une carrière, d’une centrale d’enrobage, d’une centrale à béton, d’une installation de stockage de déchets inertes et de projets d’aménagement. Aucune analyse cumulative n’est fournie, contrairement aux exigences réglementaires. Cette omission est méthodologique et juridique.

    Un résumé non technique qui ne remplit pas sa fonction légale

    Le RNT doit permettre au public de comprendre les impacts du projet. Or il minimise, omet, simplifie, contourne et conclut que les impacts seraient très faibles voire nuls. Cette conclusion est contredite par le contenu même du document, qui reconnaît des enjeux forts, des pollutions existantes, des risques potentiels et des zones écologiquement sensibles. Le RNT ne permet pas au public de se prononcer en connaissance de cause. Il ne respecte pas l’esprit ni la lettre du Code de l’environnement.

    Conclusion : Opération PRAVDA, pour que la vérité soit dite

    AURA Environnement et le FRAI lancent l’opération PRAVDA pour rétablir la vérité face à un document qui ne dit pas ce qu’il devrait dire. Le RNT de SUEZ n’est pas un outil d’information du public, mais un instrument de communication. Il minimise les impacts, ignore les risques, contourne les obligations, et présente un projet industriel lourd comme une simple évolution technique. Le public, les riverains, les associations et les autorités doivent exiger un dossier complet, transparent et conforme à la réglementation. La vérité doit être dite, et elle ne se trouve pas dans ce Résumé non technique.