IREN : SUEZ capitule à Istres – AURA Environnement ouvre la chasse au futur incinérateur !
- Par auraenvironnementparis
- Le 07/09/2026
- Dans Opération PRAVDA – Vérité environnementale anti‑incinérateur à Istres
L’opération PRAVDA s’achève sur le retrait d’IREN
Mais SUEZ cherche déjà une solution ailleurs : AURA Environnement étendra désormais sa vigilance aux Bouches-du-Rhône pour que les faiblesses qui ont condamné le projet à Istres ne soient pas simplement déplacées dans une autre commune.
IREN retiré : une victoire environnementale, mais pas la fin du dossier
Le 4 septembre 2026 marque un tournant majeur dans le dossier IREN. Après des mois d'enquête, de mobilisation et de controverse, SUEZ a annoncé le retrait de son projet à Istres. L'entreprise considère désormais que « les conditions n'étaient pas réunies » pour son implantation sur ce territoire. La Ville d'Istres parle d'une « victoire collective ». SUEZ indique pour sa part que son dossier en cours d'instruction sera retiré.
AURA Environnement s'associe évidemment à cette victoire collective. Mais notre satisfaction ne doit pas conduire à refermer le dossier.
Car une phrase de SUEZ mérite désormais toute notre attention : le groupe entend poursuivre le dialogue avec les collectivités et les acteurs concernés afin d'identifier d'autres solutions pour les besoins de traitement des déchets du bassin provençal, notamment ceux de la métropole marseillaise.
La Provence est encore plus explicite : SUEZ « ne renonce pas à rechercher une solution ailleurs ».
L'opération PRAVDA : contribuer, mais surtout disséquer le dossier
L'enquête publique aura enregistré 4 114 contributions, dont 3 844 sur le registre numérique. Le commissaire enquêteur a lui-même qualifié la mobilisation d'exceptionnelle, avec une opposition comprise entre 80 et 89 % selon la méthode de comptabilisation.
AURA Environnement a pris une part particulièrement importante à cette enquête publique en multipliant plus de 100 contributions techniques et environnementales dans le cadre de l'opération PRAVDA.
Notre objectif n'était pas seulement de dire « non à l'incinérateur ». Il consistait à entrer dans le dossier technique : qualification réglementaire de l'installation, combustion des CSR, émissions atmosphériques, PFAS, nappe de la Crau, digestats, trafic, résidus d'incinération, risques industriels, bilan énergétique et absence de débouché thermique suffisamment établi.
C'est cette méthode que nous entendons conserver pour la suite.
Ce qu'Istres vient d'apprendre doit suivre IREN partout
Le point essentiel est là.
Un changement de commune ne ferait pas disparaître les questions soulevées pendant l'enquête publique d'Istres.
Si demain une nouvelle unité de combustion de CSR reprenant tout ou partie du concept IREN était envisagée à Fos-sur-Mer, Marseille, Salon-de-Provence ou ailleurs dans les Bouches-du-Rhône - ce ne sont ici que des exemples géographiques, aucun de ces sites n'est à ce jour identifié par nos sources comme futur site IREN - AURA Environnement demanderait que le nouveau projet reparte d'une feuille blanche.
Et surtout, que les enseignements des conclusions du commissaire-enquêteur Philippe Magnus ne soient pas oubliés.
Première leçon : appeler une installation par ce qu'elle fait
L'un des apports importants de l'enquête publique aura été de dépasser l'expression rassurante de « chaufferie CSR ».
L'installation projetée reposait bien sur la combustion de déchets préparés sous forme de combustibles solides de récupération. Au cours de l'enquête, SUEZ a dû préciser le régime ICPE applicable, notamment la rubrique 2771 relative au traitement thermique de déchets non dangereux. Notre précédent travail sur le rapport du commissaire enquêteur avait précisément fait ressortir cette question.
Changer le lieu d'implantation ne changera pas le procédé.
Un futur IREN devra donc être présenté aux habitants, dès le commencement de la concertation, avec une description parfaitement intelligible de ce qui entrera dans le four, de ce qui en sortira et de ce qui sera rejeté dans l'environnement.
Deuxième leçon : pas d'incinérateur sans véritable justification énergétique
A Istres, une autre faiblesse fondamentale était apparue : l'absence de réseau de chaleur existant permettant de valoriser localement une part significative de la chaleur produite.
La perspective reposait principalement sur une production électrique tandis que les débouchés thermiques restaient à construire. Le commissaire enquêteur y voyait un manque d'ambition environnementale pour une installation de cette importance.
AURA Environnement posera donc la même question à toute commune susceptible d'être approchée demain :
Où est le besoin thermique ? Qui consommera la chaleur ? A quelle distance ? Avec quel engagement contractuel ? Quel rendement énergétique réel sera obtenu ?
On ne déplace pas une unité de plusieurs centaines de milliers de tonnes pour chercher ensuite à quoi pourrait servir sa chaleur.
Troisième leçon : la concertation doit précéder le projet, pas tenter de le sauver
C'est probablement l'un des enseignements politiques les plus puissants d'IREN.
Le commissaire enquêteur n'a pas considéré que l'absence de concertation préalable constituait mécaniquement une illégalité. En revanche, son appréciation sur ses conséquences territoriales a été sévère. La Ville d’Istres elle-même rappelle sa conclusion selon laquelle la concertation constitue un préalable indispensable à l'appropriation d'un projet par la population.
Les engagements supplémentaires proposés ensuite par SUEZ sur l'environnement, la gouvernance, le trafic et la transparence n'ont pas suffi à lever les oppositions.
Cela doit servir d'avertissement pour la suite.
AURA Environnement considérera comme particulièrement problématique toute tentative consistant à choisir discrètement un nouveau site, avancer dans les études puis présenter aux habitants un projet déjà largement ficelé.
Quatrième leçon : les PFAS doivent désormais entrer dans le débat sur l'incinération
Une étude pilote réalisée par ToxicoWatch avec le concours du Collectif 3R sur les filtres d'aération de cinq écoles situées à moins de 1 500 mètres de l'incinérateur d'Ivry-Paris XIII a détecté dans les filtres usagés des concentrations de PFAS, HAP et/ou dioxines supérieures à celles du filtre neuf témoin.
Mais il ne faut surtout pas dire que cette étude prouve que l'incinérateur est la source des PFAS. Le Collectif 3R est lui-même plus rigoureux : ses auteurs indiquent que cette pollution pourrait être attribuée à l'activité de l'incinérateur et demandent, pour établir la responsabilité de l'installation, une mesure en continu des gaz en sortie de cheminée avec des méthodes adaptées aux PFAS.
Pour AURA Environnement, tout nouveau projet de combustion de CSR dans les Bouches-du-Rhône devrait donc intégrer dès l'état initial une caractérisation des PFAS dans l'air, les sols et les eaux, puis un protocole de surveillance permettant de comparer objectivement la situation avant et après mise en service.
Cinquième leçon : regarder le territoire avant de regarder la parcelle
C'est peut-être ici qu'AURA peut être plus pointilleuse que beaucoup d'autres acteurs.
Un futur site ne devra pas être évalué uniquement en demandant : « y a-t-il assez de terrain pour construire l'usine ? »
Il faudra examiner l'environnement du site dans plusieurs kilomètres autour de l'installation : populations exposées, écoles et établissements sensibles, vents dominants, qualité de l'air préexistante, masses d'eau, nappes souterraines, espaces naturels, agriculture, trafic poids lourds, autres ICPE et effets cumulés.
Le dossier d'Istres illustre parfaitement cette nécessité. La contestation ne portait pas seulement sur le four lui-même mais sur son implantation dans un territoire déjà profondément marqué par l'industrie et le traitement des déchets. La Provence relève précisément les interrogations concernant les impacts environnementaux, le trafic supplémentaire et la localisation dans un secteur déjà fortement industrialisé.
Même le volet méthanisation montrait combien l'empreinte territoriale d'un projet dépasse sa clôture : le plan d'épandage concernait 23 exploitations dans 21 communes, dont dix communes du Parc naturel régional des Alpilles et environ 1 000 hectares à l'intérieur du Parc.
Voilà précisément pourquoi déplacer IREN de quelques dizaines de kilomètres ne suffirait pas à effacer ses impacts potentiels.

Mobilisons-nous : AURA Environnement ouvre désormais une veille « IREN 2 »
Nous ne savons pas aujourd'hui où SUEZ pourrait chercher à implanter une nouvelle solution, ni même si le futur projet conserverait exactement les caractéristiques techniques d'IREN. Il serait donc prématuré de désigner une commune ou d'accuser tel ou tel territoire d'être candidat.
En revanche, l'intention de poursuivre la recherche de solutions pour le bassin provençal est désormais publique.
AURA Environnement va donc étudier les possibilités d'implantation dans les Bouches-du-Rhône et suivre attentivement les procédures administratives, documents de planification, délibérations des collectivités, évolutions des sites ICPE et projets de valorisation énergétique susceptibles de révéler la réapparition d'un projet comparable.
Notre ligne sera simple : ce qui était environnementalement contestable à Istres ne deviendra pas acceptable par le seul fait de changer le nom d'une commune sur le dossier.
Si un « IREN 2 » apparaît demain ailleurs dans les Bouches-du-Rhône, les questions posées à Istres voyageront avec lui : combustion réelle des déchets, qualification ICPE, origine et volumes des CSR, bilan énergétique, réseau de chaleur, émissions atmosphériques, PFAS, résidus d'incinération, eau, trafic, risques industriels, effets cumulés et acceptabilité territoriale.
PRAVDA : une victoire, puis la vigilance
AURA Environnement ne revendiquera jamais seule une victoire qui appartient aux milliers de citoyens, associations et élus ayant participé à cette mobilisation.
Mais nous revendiquons notre méthode : imprimer et lire les milliers de pages, confronter les affirmations aux données du dossier, multiplier les contributions argumentées et continuer à poser les questions techniques lorsque les slogans ne suffisent plus.
Le 4 septembre 2026, SUEZ a tiré les conséquences de l'enquête et annoncé le retrait d'IREN. Deux jours plus tard, notre travail ne consiste déjà plus à célébrer seulement Istres.
Il consiste à regarder où pourrait réapparaître le projet.
IREN est tombé à Istres. AURA Environnement veillera à ce qu'il ne suffise pas de le déplacer pour recommencer ailleurs.
AURA Environnement a demandé à la Préfecture des Bouches-du-Rhône de préciser exactement ce qui est abandonné
AURA Environnement ne souhaite cependant pas confondre annonce publique de SUEZ et clôture administrative du dossier. Dès le 6 septembre 2026, notre association a donc saisi la Préfecture des Bouches-du-Rhône afin d'obtenir une confirmation écrite de la portée exacte du retrait annoncé.
Nous avons notamment demandé si celui-ci concerne l'intégralité du projet IREN soumis à l'enquête publique, et non la seule unité de valorisation énergétique CSR : unité de méthanisation des biodéchets, modernisation du centre de tri et de préparation des CSR, nouvelle unité de réception et de préparation des déchets valorisables et installations connexes.
AURA Environnement a également demandé à la Préfecture de confirmer si SUEZ a formellement retiré sa demande d'autorisation environnementale (DDAE) ainsi que sa demande de permis de construire, à quelle date ce retrait administratif est intervenu et si, en conséquence, le dossier IREN doit encore être présenté au CODERST des Bouches-du-Rhône.
Cette vérification est essentielle : tant que l'administration n'a pas confirmé précisément le périmètre et les effets du retrait, AURA Environnement considère qu'il faut distinguer la décision politique et industrielle annoncée par SUEZ de la situation juridique exacte des procédures en cours. Nous publierons la réponse de la Préfecture dès sa réception.
IREN est tombé à Istres. Qu’on ne s’y trompe pas : changer de commune ne changera ni les fumées, ni les PFAS, ni les risques, ni nos arguments. AURA Environnement sera au rendez-vous, partout dans les Bouches-du-Rhône.
Marc-Claude de PORTEBANE
Président d’AURA Environnement
Porte-parole du collectif FRAI (Front Résistant Anti-Incinération)
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