IREN Istres : l’opération PRAVDA fait tomber la « chaufferie CSR » de SUEZ ! Place au CODERST !
- Par auraenvironnementparis
- Le 18/08/2026
- Dans Opération PRAVDA – Vérité environnementale anti‑incinérateur à Istres
4 114 contributions, une opposition massive d'AURA Environnement
et un avis défavorable du commissaire enquêteur à l’unité d’incinération CSR :
après le succès de l’opération PRAVDA
le dossier IREN entre dans une nouvelle phase décisive
devant le CODERST des Bouches-du-Rhône !
Une enquête publique hors normes à Istres
Le 31 juillet 2026, le commissaire enquêteur Philippe Magnus a rendu son rapport et ses conclusions motivées concernant le projet IREN porté par SUEZ RV France sur le site de la Grande Groupède à Istres.
Le résultat mérite une lecture attentive. Car derrière un projet présenté comme une vaste plateforme de valorisation des déchets réunissant tri, méthanisation, préparation de combustibles solides de récupération et production énergétique, l'enquête publique a révélé une fracture profonde entre le projet industriel présenté par SUEZ et une très large partie de la population ayant participé à la consultation.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 4 114 contributions ont été enregistrées, dont 3 844 sur le registre dématérialisé. Le commissaire enquêteur relève également plus de 20 000 téléchargements de documents et qualifie lui-même la participation d'exceptionnelle. Selon la méthode retenue pour traiter les doublons, les avis défavorables représentent entre 80 et 89 % des expressions recueillies.
Cette mobilisation n'a rien d'anecdotique. Les observations portent sur pratiquement toutes les dimensions du projet : incinération des CSR, émissions atmosphériques, trafic, prélèvements d'eau, nappe de la Crau, digestats, épandages, PFAS, risques industriels, effets cumulés avec les installations déjà présentes autour de l'étang de Berre, transparence des contrôles et absence de concertation préalable.
L'opération PRAVDA place le volet CSR au centre de l'enquête
C'est dans ce contexte qu'AURA Environnement a engagé l'opération PRAVDA, avec l'objectif de faire entrer dans le débat public les interrogations techniques, environnementales et réglementaires qui ne pouvaient être évacuées derrière la seule communication institutionnelle entourant IREN.
Et le résultat apparaît aujourd'hui noir sur blanc dans les conclusions du commissaire enquêteur : l'opposition s'est essentiellement concentrée sur le volet incinération du projet.
C'est un point capital.
Car derrière l'appellation séduisante de « chaufferie CSR », l'enquête a obligé à revenir à la réalité technique et réglementaire de l'installation : il s'agit bien d'une unité dans laquelle des déchets préparés sous forme de combustibles solides de récupération doivent être brûlés.
SUEZ a d'ailleurs dû préciser au cours de l'enquête que l'installation relève de la rubrique ICPE 2771 relative au traitement thermique de déchets non dangereux, et non exclusivement de la rubrique 2971 applicable à certaines installations de production de chaleur ou d'électricité utilisant des CSR.
Autrement dit, le débat sur les mots n'était pas secondaire. Il concernait directement la compréhension par le public de la nature du projet industriel qui lui était soumis.
La « chaufferie CSR » rattrapée par la réalité de l'incinération
Le commissaire enquêteur reprend précisément cette question dans ses conclusions.
Il considère que l'emploi du terme « chaufferie CSR » a contribué à une mauvaise compréhension du projet et constate que l'unité repose effectivement sur un procédé de combustion de déchets.
Cette clarification est d'autant plus importante que l'installation doit traiter des quantités considérables de CSR. Nous ne parlons donc pas d'un équipement énergétique marginal intégré à un réseau local préexistant, mais de l'une des composantes industrielles majeures d'IREN.
Et c'est ici qu'apparaît une seconde faiblesse relevée par le commissaire enquêteur : il n'existe actuellement aucun réseau de chaleur permettant de valoriser localement une part importante de l'énergie thermique produite.
La production énergétique repose donc principalement sur l'électricité, tandis que d'éventuels débouchés thermiques restent à construire.
Le commissaire enquêteur considère cette situation comme un manque d'ambition environnementale pour une installation de cette importance.
Une absence de concertation préalable qui finit par peser lourd
Autre enseignement majeur : la concertation.
Juridiquement, le commissaire enquêteur ne conclut pas que l'absence de concertation préalable constitue automatiquement une irrégularité de la procédure. Mais politiquement et territorialement, son appréciation est sévère.
Le projet était préparé depuis plusieurs années lorsque de nombreux habitants en ont découvert l'ampleur à l'approche de l'enquête publique.
Pour Philippe Magnus, un projet industriel de cette importance, implanté sur un territoire déjà profondément marqué par les activités industrielles, aurait dû faire l'objet d'un véritable travail préalable d'information et d'appropriation.
Cette absence de concertation a contribué à installer la défiance.
Et lorsque près de 700 personnes se retrouvent à la première réunion publique, que des milliers de contributions arrivent sur le registre et que quatre contributions sur cinq au minimum sont défavorables, il devient difficile de considérer l'acceptabilité territoriale comme une question secondaire.
Crau, PFAS, digestats, air : l'enquête a fait émerger les sujets qui resteront sur la table
L'enquête publique a également obligé SUEZ à préciser ou renforcer plusieurs engagements environnementaux.
Le projet prévoit notamment une augmentation des prélèvements dans la nappe de la Crau, passant approximativement de 10 000 à 40 000 m³ par an.
Le plan d'épandage des digestats concerne 23 exploitations réparties dans 21 communes. Il soulève des interrogations concernant l'azote, les micropolluants, le ruissellement, le lessivage vers les eaux souterraines et la protection de la nappe de la Crau.
Les PFAS sont eux aussi entrés directement dans le débat. SUEZ reconnaît l'absence de seuil réglementaire spécifique applicable aux PFAS dans les digestats dans le cadre présenté au cours de l'enquête et propose un programme volontaire de surveillance analytique.
À cela s'ajoutent les émissions atmosphériques de l'unité de combustion, les résidus d'épuration des fumées, les mâchefers, le trafic des poids lourds, les risques d'incendie et les effets cumulés dans un environnement industriel déjà particulièrement chargé autour de l'étang de Berre.
Ce sont précisément ces sujets qu'AURA Environnement entend désormais suivre dans la phase administrative qui s'ouvre.
Le commissaire enquêteur tranche : oui à certaines briques d'IREN, non à l'unité CSR
Et c'est finalement là que les conclusions deviennent particulièrement intéressantes.
Philippe Magnus ne rend pas un avis uniforme sur IREN.
Il émet un avis favorable à l'unité de méthanisation, un avis favorable à la modernisation du centre de tri et de préparation de CSR ainsi qu'un avis favorable à la nouvelle unité de réception, tri et préparation des déchets valorisables.
Mais pour l'unité qui cristallise l'essentiel de l'opposition, sa conclusion change radicalement :
AVIS DÉFAVORABLE à l'unité de valorisation énergétique de déchets de type CSR.
C'est la décision essentielle à retenir de cette enquête publique.
Le commissaire enquêteur ne rejette donc pas par principe toute activité de valorisation des déchets sur le site. Il distingue précisément les différentes composantes d'IREN et considère que l'unité de combustion CSR ne bénéficie pas des mêmes conditions d'acceptabilité.
L'absence de concertation préalable, la découverte tardive du projet, l'ambiguïté entourant la notion de « chaufferie CSR », la réalité de l'incinération, l'absence de réseau de chaleur et la défiance persistante constituent un ensemble qui conduit finalement le commissaire enquêteur à rendre cet avis défavorable.
Le permis de construire favorable ne sauve pas l'incinérateur !
SUEZ obtient parallèlement un avis favorable du commissaire enquêteur concernant le permis de construire.
Il ne faut surtout pas mélanger les deux décisions.
L'avis favorable au permis de construire concerne essentiellement la conformité urbanistique : implantation en zone compatible avec les activités de traitement des déchets, artificialisation supplémentaire limitée sur un site déjà industriel, hauteur des bâtiments, servitudes aéronautiques liées à la base d'Istres et règles constructives.
Il ne constitue donc absolument pas un avis favorable à l'exploitation de l'unité CSR.
Le paradoxe n'est qu'apparent : un bâtiment peut être juridiquement constructible tout en étant destiné à accueillir une installation dont l'autorisation environnementale fait l'objet d'un avis défavorable.
L'opération PRAVDA a gagné une bataille, pas encore la guerre administrative
Il faut maintenant être précis : l'avis défavorable du commissaire enquêteur ne vaut pas refus préfectoral.
Le préfet reste compétent pour statuer sur l'autorisation environnementale.
Mais la situation politique et administrative n'est plus celle qui existait avant l'enquête publique.
Il existe désormais un document officiel, signé par le commissaire enquêteur, qui distingue les composantes du projet et rejette précisément celle qui constitue le cœur du débat sur l'incinération des CSR.
C'est en cela que l'opération PRAVDA constitue déjà un succès.
Elle n'a pas simplement produit plusieurs milliers de pages d'observations supplémentaires : elle a contribué à faire de la nature réelle de l'installation, de ses impacts et de son acceptabilité un enjeu central de l'enquête publique.
Place au CODERST des Bouches-du-Rhône !
La prochaine étape se jouera donc devant le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques – CODERST 13.
Et cette étape sera particulièrement intéressante.
Les représentants appelés à examiner le dossier ne pourront pas faire abstraction des 4 114 contributions, de l'opposition massive enregistrée pendant l'enquête et surtout de l'avis défavorable du commissaire enquêteur à l'unité CSR.
AURA Environnement entend notamment interroger les différentes parties sur la protection de la nappe de la Crau, les épandages de digestats, les risques pour les eaux et les milieux aquatiques, les PFAS, les émissions atmosphériques, le contrôle indépendant de l'installation et la traduction effective des engagements pris par SUEZ en prescriptions préfectorales opposables.
Une question dominera désormais toutes les autres :
l'État autorisera-t-il l'unité d'incinération CSR de SUEZ malgré l'avis défavorable rendu à l'issue d'une enquête publique ayant enregistré plus de 4 000 contributions ?
L'opération PRAVDA a donc remporté la bataille de l'enquête publique.
Place maintenant au CODERST.
A suivre
Marc-Claude de PORTEBANE
Président d'AURA Environnement
Porte-parole du FRAI (Front Résistant Anti-Incinération)
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